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140 ans d’interdiction : les sourds exigent justice

by info@deaf24.com

Pendant plus de 140 ans, la langue des signes a été systématiquement réprimée. Cette histoire d’oppression commence par un événement décisif : le Congrès de Milan de 1880, au cours duquel des pédagogues entendants ont décidé que la langue des signes ne devait plus être autorisée dans l’enseignement destiné aux enfants sourds.

Cette décision a eu des conséquences profondes – sur l’éducation, la participation, la langue et l’identité. Des générations entières de personnes sourdes ont souffert de cette mesure, qui a été reprise dans de nombreux pays. Aujourd’hui, les personnes concernées réclament non seulement des excuses publiques, mais aussi une véritable réparation : indemnisation financière, reconnaissance politique et un travail de mémoire durable dans la société.

 

Le Congrès de Milan 1880 : Qui a pris cette décision ?

Le Deuxième Congrès international des instituteurs de sourds-muets s’est tenu à Milan (Italie), du 6 au 11 septembre 1880. Plus de 150 pédagogues y ont participé, presque tous entendants. Étaient invités des enseignants, des responsables scolaires et des représentants d’institutions éducatives spécialisés dans l’enseignement aux enfants sourds.

L’objectif du congrès était de débattre des méthodes pédagogiques pour les enfants sourds. La décision centrale prise au congrès fut la suivante : la langue des signes devait être supprimée de l’enseignement. À la place, les enfants sourds devaient être instruits uniquement par la parole – à travers la lecture labiale, des exercices d’articulation et des entraînements oraux. Cette méthode est connue sous le nom d’oralisation.

Faits importants :

  • Le congrès n’a pas été convoqué par un gouvernement.
  • Il s’agissait d’un congrès professionnel, organisé par des pédagogues.
  • Les décisions n’avaient pas de portée légale, mais elles ont ensuite été adoptées par de nombreux États.

 

Les gouvernements étaient-ils impliqués ? Quel rôle a joué l’État ?

Même si le congrès n’était pas une instance politique officielle, il a eu des conséquences considérables. De nombreux États et gouvernements ont intégré les recommandations dans leur législation scolaire.

En Allemagne, en France, en Italie, aux États-Unis, en Autriche, au Royaume-Uni et dans bien d’autres pays, on a alors décidé :

  • L’enseignement dans les écoles pour sourds devait se faire uniquement à l’oral.
  • La langue des signes a été interdite ou fortement restreinte.
  • Les enfants qui signaient étaient punis, humiliés ou isolés socialement.

La responsabilité incombait désormais aux gouvernements. Ils ont transformé les recommandations du congrès en règles officielles et en lois. Ainsi, la discrimination de longue durée a été légitimée et organisée par l’État.

 

Conséquences pour les personnes sourdes : perte de langue, d’éducation et d’identité

Les conséquences pour les enfants concernés – et plus tard pour les adultes – ont été graves. Beaucoup d’enfants sourds n’avaient pas le droit de signer, ni en classe, ni pendant leur temps libre. Certains étaient forcés de lier leurs mains dans le dos ou d’écrire avec des baguettes, au lieu de pouvoir s’exprimer visuellement.

Conséquences de cette politique :

  • Les enfants ne pouvaient pas communiquer librement.
  • Beaucoup n’ont développé aucune compétence linguistique complète – ni en langue orale ni en langue des signes.
  • Leurs résultats scolaires étaient souvent bien en deçà de leur potentiel.
  • L’accès à la formation professionnelle et aux études supérieures était limité.
  • Nombre d’entre eux se sont sentis toute leur vie exclus, incompris et sans valeur.

Ce phénomène est appelé privation linguistique – c’est-à-dire l’incapacité d’acquérir une langue complète. Pour les enfants sourds, cela a entraîné des désavantages à vie.

 

Les excuses de Hambourg : une première étape

Le 16 juillet 2025, une audition publique a eu lieu à l’Hôtel de Ville de Hambourg. D’anciens élèves d’écoles pour sourds y ont témoigné de leurs expériences liées à l’interdiction de la langue, à l’exclusion, au mépris et à la souffrance psychologique.

Le parlement de la ville de Hambourg (Bürgerschaft) a réagi par des excuses officielles, soutenues par tous les partis (SPD, CDU, Verts, Die Linke). Ils ont reconnu que le système éducatif avait infligé une injustice durable aux personnes sourdes. Le parlement a également appelé le Sénat à œuvrer pour la création d’un fonds d’indemnisation au niveau fédéral.

 

Demande d’indemnisation : est-ce possible ?

De plus en plus de personnes concernées et d’associations réclament une indemnisation – financière, symbolique et structurelle. Mais la mise en œuvre d’une indemnisation reste politiquement et juridiquement complexe.

Plusieurs questions doivent être clarifiées :

  1. Volonté politique : Les gouvernements régionaux et fédéral sont-ils prêts à agir ?
  2. Financement : D’où viendront les fonds ? Combien recevra chaque personne ?
  3. Critères d’éligibilité : Qui sera officiellement reconnu comme victime ? Comment le prouver ?
  4. Prescription : Une indemnisation est-elle encore possible malgré le temps écoulé ?

 

Pas de prescription pour 140 ans d’injustice

De nombreuses personnes exigent clairement : il ne doit pas y avoir de prescription. La discrimination de la langue des signes n’était pas un cas isolé, mais une politique d’exclusion organisée par l’État pendant plus d’un siècle.

« Les personnes sourdes se sont tues trop longtemps – non pas parce qu’elles le voulaient, mais parce qu’on leur a enlevé la parole. »

Ce silence était imposé, non volontaire. La société a fermé les yeux. Pendant des décennies, les experts entendants, les autorités et les enseignants avaient trop de pouvoir, tandis que les personnes sourdes étaient systématiquement exclues.

Cela signifie : la réparation doit être possible sans délais ni restrictions.

 

Critique de Deaf24 : les erreurs du passé se répètent-elles ?

La rédaction de Deaf24 ainsi que de nombreuses voix engagées de la communauté dénoncent le fait que ce sont encore principalement des experts entendants qui dirigent le processus de réparation – souvent sans consulter les professionnels sourds.

Déjà en 1880, lors du Congrès de Milan, ce sont des orthophonistes, enseignants et fonctionnaires entendants qui ont décidé, en seulement cinq jours, que la langue des signes n’avait plus sa place à l’école. Les personnes sourdes n’avaient pas été consultées.

Deaf24 exige :

  • Les scientifiques et professionnels sourds doivent être impliqués à tous les niveaux.
  • Leur perspective est indispensable pour une réparation juste.
  • Le processus ne doit pas se faire sans les personnes concernées – comme en 1880.

 

Et maintenant ?

La pression politique augmente. Dans plusieurs Länder, des demandes et des débats sont en cours pour créer un fonds d’indemnisation. Le Bundestag devra également se saisir de la question.

Des autorités, juristes et historiens étudient actuellement :

  • Combien de personnes sont concernées ?
  • Comment documenter les injustices ?
  • Quelle forme d’indemnisation est envisageable ?
  • Combien de temps prendra la mise en œuvre ?

L’expérience montre que de tels processus durent souvent entre deux et cinq ans – de la reconnaissance à l’indemnisation. Ce qui est crucial : les personnes sourdes doivent être impliquées dès le début.

 

Conclusion : La justice ne doit pas échouer à cause de délais

L’interdiction de la langue des signes n’était pas un malentendu – c’était une décision délibérée, prise par des personnes influentes, mise en œuvre par les États et soutenue par un système éducatif qui ne voulait pas comprendre les personnes sourdes.

Aujourd’hui, il existe une chance historique de reconnaître cette injustice, de la réparer – et de la compenser.

Cela signifie :

  • Des excuses publiques de tous les Länder
  • La création d’un fonds d’indemnisation
  • La participation des experts sourds
  • Et un engagement clair de la société en faveur de la langue des signes

« Plus jamais rien sans nous. Plus jamais au-dessus de nos têtes. »

Le moment est venu d’assumer ses responsabilités. Pas plus tard – mais maintenant.

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